Après quelques mois d'inactivité (migration d'Andrea et Andrés à Paris :) ), voici un premier compte rendu de notre projet Yamanunka.
Projet Yamanunka
Le projet de l’association OAZO se basait sur les mythes et légendes de la culture shuar. À partir de ces récits on pouvait construire des activités en rapport avec un mythe choisi par les enfants. Les participants du projet ont choisi trois activités principales: dessin, musique et théâtre, en vue de présenter devant les parents d’élèves, une représentation d’un mythe shuar.
Les ateliers de découverte
La première rencontre avec les enfants se déroula au sein du centre communal de Yamanunka. Nous avons présenté ces ateliers comme une introduction à l’école, pendant la première semaine de cours. La journée de travail commence à partir de 8h00 du matin. Cette première rencontre avec les élèves se déroule avec la présence du professeur du village. L’activité principale est la présentation des enfants et des membres de l’association sous forme de jeux. La relation des enfants avec le professeur et les membres de l’association est distancée. Le professeur inspire respect et donne les consignes de discipline aux élèves. Dans un premier abord, les enfants réagissent avec timidité aux consignes des jeux qu’on met en place.
L’organisation de l’école est différente des écoles en ville. Il y a un seul professeur par conséquent tous les âges sont confondus dans une même salle de cours. Les enfants plus jeunes ont du mal à réaliser les activités par rapport aux élèves les plus âgés. Il existe aussi des différences sociales perceptibles dans les vêtements portées par chaque élève. L’école publique équatorienne demande l’utilisation d’uniformes pour les élèves. Ceci représente une dépense supplémentaire pour les parents et tous n’ont pas les moyens économiques de les acheter.
Les enfants ont eu une première approche avec les activités que le groupe proposait, et ils se sont investis avec enthousiasme.
Les mythes
Le recueil des mythes fut une activité réalisée par deux membres de l’association. Le but principal était de faire partager le savoir culturel d’une personne (adulte) avec les enfants de l’école. La transmission du mythe fut de manière orale, après plusieurs rencontres avec différentes personnes de la communauté. Le professeur de l’école (homme d’à peu près 40 ans) raconta 2 mythes aux enfants pendant une période de 30 minutes. La transmission du récit fut précédée d’un rituel, où la personne qui raconte le mythe porte une couronne de plumes, tawasap.
Celle-ci représente l’autorité, le respect, c’est-à-dire que chaque fois que quelqu’un la porte, tous doivent prêter attention aux paroles de l’exposant. Le mythe a été raconté en shuar, dans une première partie, puis en espagnol (pour les membres de l’association). Le professeur se trouvait au centre de la salle, les enfants et les membres de l’association autour. L’échange, transmission orale gardait un caractère assez souple, c’est-à-dire que les enfants ainsi que le narrateur écoutaient, parlaient et en même temps n’écoutait pas, ne parlaient pas. Ce fut un mélange de sérieux et d’informel. Cette impression traverse toutes les activités qu’on a fait dans la communauté, et j’irais plus loin pour dire qu’elle traverse aussi la vie même à Yamanunka.
Une fois le mythe choisi par les enfants, les activités devaient tourner autour de celui-ci. L’activité principale pendant cette semaine était la représentation du mythe par les enfants devant un groupe de parents et autorités du village. L’investissement dans la préparation de la représentation fut importante, car on a consacré une demie-journée par jour pendant toute la semaine. Pour gérer les élèves, on les a divisé en groupes, et chaque membre de l’association avait la responsabilité d’un d’eux. L’expérience fut très réussie et à la fin nous avons pu présenter l’œuvre devant un groupe réduit de parents. Le but de cette activité était d’inclure tous les enfants du village pour qu’ils se réapproprient d’une partie de leur culture. Cependant, tous les enfants n’ont pas pu y participer, surtout à cause des différences dans leur mode de vie. Parallèlement à l’école, les enfants plus âgés (entre 9 et 13 ans) devaient aussi faire partie des activités de subsistance de leur famille.
Concrètement, ils allaient soit pêcher, soit garder ou faire à manger pour les frères et sœurs cadets. Dans ce mode de vie, l’école devient un lieu de détente, de jeux et de découverte. La figure d’autorité n’est pas nécessairement incarnée dans le professeur, mais à l’extérieur de l’école.
L’atelier de dessin
L’atelier de dessin était consacré à la réalisation d’images, dessins, peintures autour du mythe choisi par les enfants. Les dessins serviraient postérieurement à la réalisation d’un livre autour de mythes et légendes shuar. Nous avons divisé cet atelier en trois parties, d’abord une découverte de soi et de l’autre (dessins de la famille et de leur maison, ainsi que des dessins des membres de l’association), ensuite des dessins autour des deux mythes racontés par le professeur. La participation à l’atelier de dessin était beaucoup plus active que prévu, les enfants se plaisaient dans la découverte des couleurs, dessins et n’avaient pas besoin de discipline ou autres stimulation. La forêt et la nature font partie de tous le travaux, soit comme décor principal, soit comme personnage principal (pour les mythes).
L’atelier de musique
Cet atelier avait moins d’importance que les deux premiers. Il était un complément du théâtre afin d’explorer la relation des enfants avec le son. Il était dirigé par un membre de l’association avec la participation de 6 enfants qui s’y sont intéressés. La musique produite était vraiment très simple, et deux instruments extérieurs ont été introduits pour pouvoir développer cet atelier (un tambour et des maracas). La participation des enfants dans cet atelier fut très bien gérée, car les enfants qui ont participé étaient plus âgés que la majorité.
Ceci nous a permis d’inclure dans le projet des enfants, adolescent qui ne fréquentait plus l’école, mais qui se sont intéressés par les ateliers. Lors des nombreuses répétitions, ils aidaient le groupe à se motiver, et jouaient parfois la figure d’autorité (car ils étaient souvent des grands frères ou sœurs). À l’intérieur du groupe, la grande majorité d’enfants avaient des liens de parenté, par exemple: le grand frère participait aux ateliers de musique ou peinture, ses frères et sœurs participaient aux ateliers de théâtre et peinture.
La présentation du mythe
La représentation du mythe a eu lieu un dimanche matin après une semaine de préparation et découverte des ateliers. La plupart des enfants étaient présents, quelques uns se sont absentés pour des raisons familiales (ils devaient accompagner leur mère en ville). Pendant la représentation, il y avait un groupe réduit de parents d’élèves, c’étaient surtout les autorités du village, le professeur et quelques mères de famille. La représentation du mythe fut bien accueillie par le public, car nous avons essayé de revaloriser l’univers Shuar, les dialogues étaient intercalés en espagnol et shuar. De cette manière nous voulions que tout le monde se sente identifié avec notre travail. Les enfants on su gérer la timidité face à un public et leur enthousiasme ne s’est pas dilué.
Les réactions des autorités du village ont été positives. Ils avaient perçu la nécessité de revaloriser leur culture, leur langage et leurs mythes. Lors des discussions qu’on a pu entretenir, les hommes et femmes du village voulaient justement revaloriser une culture shuar en mutation, qui perd déjà son empreinte sur les plus jeunes génération. Ils parlaient d’une revalorisation du langage, de la gastronomie et de la médicine naturelle.







